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Après dîner

Après dîner

Conseils d'amis

Texte: Pierre Sorlut
Illustration: Nadeesha Godamunne

Quoiqu’on en dise, à Luxembourg, pour sortir après 22h, chacun verra midi à sa porte. Selon les envies, le déroulement de la soirée, les forces en présence, une large variété de lieux s’offrent à vous. Il suffit de bien trier.

Les fêtards de mauvaise volonté suivront le flot et limiteront leurs destinations de soirée aux rives de Clausen où convergent par navettes (gratuites) des milliers de jeunes en quête d’exutoire ou de reconnaissance sociale. Un brassage de population y nait du mélange des genres en terme d’offre de bars, tous ouverts jusqu’à 1h en semaine et 3h le week-end. La clientèle plutôt jeune se dirige habituellement vers les Rockbox et Trombar pour jouir d’une ambiance rock. Au Verso, le son est davantage alternatif, alors que les Space Bar et Life Bar diffusent plutôt les tubes du moment. Le Sins City est lui spécialisé dans la musique électronique.

Les trentenaires se rendent au King Wilma ou au Ikki. Le premier offre un cadre agréable, pour une soirée «à la cool» entre amis. L’autre se veut plus sélect. Certains se gominent même les cheveux en espérant y trouver une promise pour terminer la nuit. Pour fuir cette industrie de la nuit du long de l’Alzette où seuls The Pyg et le Britannia échappent à la dictature des vendredis et samedis soirs - l’Urban, le Tube et le Zanzen forment, en centre-ville, le triangle du zinc. Tout comme le Palais, le Tube et Am Puff, il faut aimer l’exigüité ou l’ambiance botellón si l’option consommation dans la rue est privilégiée. La clientèle s’y adonne volontiers au networking et plus si affinités. On y retrouve généralement les mêmes catégories socio-professionnelles.

Ces jeunes actifs se rendent également au Frenchie ou au Zanzen où ils peuvent profiter – durant les beaux jours - des terrasses longeant le boulevard Roosevelt, le temps d’un afterwork qui s’éterniserait. El Compañero ou le Go Ten servent aussi à boire et à manger en extérieur. Les aficionados du premier s’y rendent pour profiter de tapas dans un cadre décontracté. Dans le deuxième, la terrasse est un piédestal pour voir et être vu.

Voilà pour le mainstream. Mais un ami conseillerait plutôt des coups de coeur, les bars de l’ombre que l’on choisit selon l’humeur et dans lesquels on passe un bon moment. Pour une soirée en couple ou en compagnie restreinte, un ami qui vous veut du bien suggèrerait le Café des Artistes, au Grund; un lieu intimiste, différent de ses voisins, le Fire & Ice, le Liquid ou le Scott’s Pub. Le Café des Artistes rappelle le Montparnasse des années 20, dans sa dimension luxembourgeoise bien sûr. Un piano, une clientèle délurée et une ambiance de salon enfumé.

Le café perdra toutefois une part de son identité une fois la loi anti-tabac votée. Et Mars di Bartolomeo, ministre de la Santé et de la Sécurité sociale, compte bien faire disparaître la cigarette des lieux publics dès 2012. De nombreux autres cafés de la vieille école perdront eux aussi leur charme cancérigène: rue Beaumont, le Vis-à-Vis en fait partie.

Sur le plateau toujours, pour discuter paisiblement encore et sortir en groupe, l’Independent Café, boulevard Roosevelt, ouvre ses grands espaces. Il est possible d’y faire trainer la soirée après avoir profité du dîner sur la terrasse ensoleillée avec vue sur la vallée et la place de Metz. En hiver, étudiants et jeunes actifs, pour beaucoup habitués, s’installent sur les grandes tables au rez-de-chaussée ou à l’étage. La nourriture n’est pas le point fort du lieu, mais des bières bio et des cocktails peuvent y être dégustés sur fond de musique alternative. Des rencontres politiques y sont même organisées.

Pour manger correctement et savourer un bon cocktail – quoique servi avec une main légère - le Marx tient la corde. La terrasse design du premier «bar tendance» de Luxembourg offre un lieu confortable en été et un décor appréciable depuis l’intérieur, une fois la bise venue. La musique est majoritairement électronique et évolue avec les modes. Le service y est efficace et cordial, les prix corrects et, depuis peu, y sont servis les mets du Mama Loves You, le restaurant voisin. Le lieu affiche une certaine classe sans toutefois verser dans le snobisme ou l’excès d’affiche. Il s’anime surtout le mercredi ou le jeudi. The Lab (un concept très original de cocktails moléculaires), le Loft, le Decibel et le Choco complètent cet ensemble au caractère authentique. Un vrai lieu de sortie.

Depuis l’Independent Café ou le Marx, les amateurs de musique s’orientent respectivement vers le d:qliq, rue du Saint Esprit, et l’Exit07, rue de l’Aciérie. Chacun propose une programmation musicale out of mainstream. D’ailleurs, le deuxième justifie son statut de music bar au sens strict en n’ouvrant que lorsque des événements sont organisés. Penser donc à jeter un oeil au programme sur le site internet avant de s’y rendre.

Le cadre est atypique, quasi-industriel. Le d:qliq, ouvert jusqu’à 1h (le vendredi jusqu’à 3h) est lui beaucoup plus intimiste. Les quelques dizaines de clients, âgés entre18 et 35 ans, se massent autour du bar au rez-de-chaussée. Les boissons n’y sont pas sophistiquées, mais la musique jouée réveille les tympans par son volume et son originalité. C’est tonique et change des mélodies commerciales produites par les majors. A l’étage, une salle de concert permet de découvrir des groupes triés sur le volet. L’exigüité favorise les rencontres sans toutefois provoquer l’agressivité. Un lieu à découvrir… s’il y a la place et si l’on supporte la fumée. En centre-ville, dans le même genre, le café-théâtre Le Rocas est lui aussi plébiscité par les amateurs de rock. Du teenage punk au bon vieux métal, une clientèle de rockeurs de 7 à 77 ans – mais surtout 20 ans - y trouve son son de prédilection. Pour changer radicalement d’ambiance et apprécier un endroit résolument plus calme et lounge, selon la terminologie consacrée, il faut s’exporter au Boos, à Bridel. Bien qu’il ne jouisse pas des bienfaits de la mer, ce beach club propose une carte étoffée de mojitos et de champagnes. On peut s’y rendre nombreux puisque des nabuchodonosors (15 litres) de Moët et Chandon sont en vente. Mais si la direction choisit d’exposer les plus beaux carrosses sur le parking de l’entrée et que la jeunesse dorée s’y affiche bien volontiers, l’ambiance plage démocratise le lieu – le mojito coûte quand même 10 € - idéal pour inviter compagne ou compagnon.

Enfin, si pour conclure vous hésitez entre un cadre cosy et une piste de danse, le Secret Garden, côte d’Eich, vous donnera l’occasion de choisir une fois sur place. Le lounge offre un cadre sensuel aux couples et couple-to-be avec plusieurs salles, différentes ambiances et une longue carte de cocktails. Le club, haut lieu de la nuit luxembourgeoise, accueille une clientèle jeune et ostensiblement cossue, parfois outrageusement. Mais l’endroit vaut vraiment la peine si le physionomiste vous accorde le droit d’entrer. La ville compte d’autres clubs: le Bypass, le White, le Fever, le M Club ou encore le Magnum. Enfin, le Café des Tramways, avenue Pasteur, caractérise le bar de quartier par excellence. Des banquiers du Glacis y bouclent régulièrement leurs journées. Ils y rencontrent les étudiants et la clientèle du Limpertsberg dans un lieu très enraciné dans la culture du quartier. La gérance a changé depuis 2010, mais l’endroit est toujours aussi vivant. La musique, variée, mais épargnant les tubes du moment, est diffusée selon un volume encore raisonnable pour un bar de soirée… certainement afin d’épargner le voisinage. On peut donc y discuter, en luxembourgeois ou autre, avec ses amis ou la table voisine tout en dégustant une planchette de fromage et charcuterie. Ce jusqu’à 1h du matin.