Souvenirs gourmands

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Le scénariste Benoît Peeters a commencé sa carrière comme chef à domicile. C’est ce qu’il nous raconte dans «Comme un chef», un petit bijou gourmand dessiné par Aurélia Aurita.

Benoît Peeters, pour les bédéphiles, c’est l’homme derrière «Les Cités obscures», mais aussi le spécialiste d’Hergé. Mais il aurait pu en être tout à fait autrement: il a commencé par mettre le nez dans les casseroles et a travaillé un temps comme chef à domicile.

Un pan de sa vie qu’on découvre, qu’on dévore dans «Comme un chef», la bande dessinée qu’il a écrite pour rassembler ses souvenirs gastronomiques.

Encore étudiant, auprès de Roland Barthes, pardonnez du peu, le jeune Peeters découvre la gastronomie avec une émotion très bien exprimée. Bien que fauché, il dîne un soir chez les Frères Troisgros à Roanne – qui fêtent cette année 50 ans de trois étoiles – et la magie opère: «Mais voici qu’arrive l’escalope de saumon à l’oseille! C’est l’éblouissement, presque comme Claudel à Notre-Dame.»

Après cette révélation de ce que peut être la gastronomie, Benoît Peeters apprend la cuisine avec passion, en autodidacte. Avec la timidité de celui qui n’a pas été bercé près des grandes tables, il tâtonne avec quelques livres de recettes (dont celui de Michel Guérard, une vraie bible pour l’auteur de ces lignes), des cobayes pas toujours compatissants et beaucoup, beaucoup d’amour et de temps.

Ces premiers émois sont beaux par leur naïveté, leur candeur. Les critiques blasés devraient en prendre de la graine. Un temps cuisinier à domicile, entre deux articles et un job dans une librairie, le jeune homme se confronte aussi aux barrières sociales, qu’il raconte avec humour. 

Les dessins sont simples, plutôt réalistes et jouent de touches de couleur comme on épice un plat; pour relever, pas pour masquer. Une BD délicieuse, tendre et drôle à lire avec la fourchette à la main et le livre de recettes à proximité.

«Comme un chef», Casterman.