Bientôt les calories sur les étiquettes de vin?

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Après l’obligation d’indiquer les principaux allergènes sur les menus des restaurants, une nouvelle mesure pourrait voir le jour, toujours dans l’intérêt supposé des consommateurs. Plusieurs députés européens réclament un étiquetage précis des calories sur les bouteilles de vin, d’alcool ou encore les canettes de bière. Contrairement aux autres denrées alimentaires, jusqu’ici la valeur énergétique n'apparaît pas sur les étiquettes des bouteilles d'alcool.

«Les Européens sont les plus grands consommateurs d’alcool au monde, et pourtant personne ne connaît la valeur énergétique de ce qu'il consomme», souligne l'eurodéputé belge socialiste Marc Tarabella. Pour lui, il est important de mentionner le nombre de calories ou la teneur en sucre sur les étiquettes des bouteilles d'alcool.

Le Parlement européen va donc bientôt voter un texte pour pousser la Commission européenne à agir, avec pour objectif notamment de réduire la consommation d'alcool. D'après une étude anglaise, mentionner les calories aurait un impact réel sur la consommation. D'après cette étude, les gens boivent moins quand ils sont conscients qu'un verre de vin correspond à une tranche de gâteau par exemple.

Mais évidemment, cette idée n'est pas au goût de tout le monde. Si la Grande-Bretagne et les pays scandinaves poussent pour cet étiquetage plus transparent, d'autres États membres, notamment les pays producteurs de vin, freinent des quatre fers. Les viticulteurs ne voient pas non plus ces nouvelles étiquettes d'un bon œil, tandis que certains géants de la bière se prononcent plutôt en leur faveur: à volume égal, la bière est moins calorique que le vin.

Ainsi, les quatre principaux brasseurs européens ont récemment accepté sur une base volontaire d’inscrire ces informations sur le produit. Et Diageo, plus grande entreprise mondiale sur le marché des alcools et spiritueux (avec notamment Johnny Walker, Smirnoff et Guinness dans son assortiment), a annoncé fin mars sa décision d’indiquer la teneur en calories sur ses produits disponibles sur le marché américain. Les premières bouteilles aux étiquettes complétées devraient arriver d’ici à six semaines dans les rayons.

Si le secteur des boissons alcoolisées bouge, la filière du vin freine des deux pieds (de vigne). Son argument: la spécificité du produit n’étant pas le «résultat d’une recette figée» mais changeant «d’une année à l’autre» selon le Comité européen des entreprises de vin. «Le monde viticole est plutôt un ensemble de PME qui ne s’organise pas de la même façon que les industriels», explique Laurent, un fin connaisseur de cet univers.

L'avis des concernés

En tant que producteur, Domaines Vinsmoselle estime que cette obligation «ne pourra pas avoir une réelle influence sur la consommation du vin, que ce soit de manière positive ou négative.» Mais l’entreprise redoute cependant un impact économique sur les entreprises du secteur du vin. Sachant que, contrairement aux autres producteurs d'alcool, qui ont pour la plupart des produits dont les quantités de calories indiquées sont constantes d'une année sur l'autre (ou d'une production sur l'autre), les producteurs de la filière vin sont tributaires des millésimes (pour ceux qui sont classés en AOP des sols). Il est donc quasiment impossible d’afficher des caloriques identiques d’année en année. « Ainsi, nous aurons pour chaque cuvée et chaque millésime une analyse du vin et un affichage sur l'étiquette propre au produit. Ceci est très contraignant en temps et financièrement, au vu des nombreuses cuvées que chaque producteur est amené à produire.»

«Si l'idée de la base volontaire de la part des brasseurs est excellente, on est à mon avis plus face à une technique bien connue des multinationales de l'agroalimentaire qui consiste à couper l'herbe sous le pied du législateur en proposant son propre étiquetage», prévient-il.

Beaucoup n’y croient pas vraiment: «99% des consommateurs ne lisent pas les étiquettes. Ce sera donc comme les mises en garde sur les paquets de cigarettes, elles n'empêchent pas un fumeur de fumer, elles n'empêcheront pas un buveur de bons crus d'en profiter ni un ivrogne de vider sa piquette», ajoute l’épicurien.

De son côté, François Dickes, à la tête de Vins fins où il promeut les vins bio et biodynamiques, voudrait aller plus loin: «Inscrire les calories pourquoi pas, mais ce sont les ingrédients et additifs qu’il faudrait préciser quand on sait toutes les ‘saloperies’ qu’on peut mettre dedans...» Un autre amateur et connaisseur renchérit: «La vinification est souvent le moment des pires trafics: s’il faut des mentions sur les étiquettes, c’est de la clarté dans les labels bio, biodynamiques et naturels.»

Gildas Royer abonde dans son sens: «Les étiquettes sont déjà surchargées. À mon sens, il vaudrait mieux indiquer si les levures sont naturelles ou chimiques, voire éventuellement le taux de dioxine de soufre total. Mais les calories ne laisseraient aucune chance aux grands Sauternes ou Portos.»